Une belle peluche

Parler d’un chien ou d’une chienne dans un journal d’artiste pourrait sembler banal, mais je pense qu’on se trompe si l’on croit qu’il ou elle n’a pas un rôle important dans l’atelier. Ce n’est pas seulement un être qui accompagne l’artiste tout le temps, un être qui donne de la tendresse, de l’amour, capable d’une compréhension profonde, c’est aussi une source d’énergie.

L’artiste est censé avoir une fonction d’antenne. Il perçoit le monde et il transmet de façon codée cette information. L’oeuvre d’art est donc une codification de la réalité, prête à être décodée par l’observateur. Mais cette codification ne vient pas du cerveau de l’artiste, elle arrive par un autre canal de perception plus complexe. Quand l’antenne de l’artiste tombe en panne par excès d’angoisse ou par manque d’optimisme, le rôle du chien devient essentiel : il sert d’antenne alternative. L’artiste peut se reposer et utiliser l’antenne intégrée dans cet animal qui cache bien son jeu…

Je plaisante. Ce journal ne doit pas devenir un espace sérieux. Je veux laisser sur ce papier électronique les traces de mes pensées les plus absurdes aussi. Trier dans ces textes la part de vérité ne sera pas facile.

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« Des Elles pour l’égalité »

Une amie m’a raconté la sensation étrange et inconfortable qu’elle a ressentie quand elle s’est trouvée entourée de joueurs de rugby. Elle était la seule femme. Au milieu d’un groupe d’hommes qui faisaient chacun le triple de son poids, elle a perçu la finesse et la délicatesse de son corps comme une fragilité physique, comme une vulnérabilité.

Mercredi de la semaine dernière, nous sommes arrivés avec un léger retard à l’exposition Portraits de femmes pour la paix, juste au moment où Mme Rosenberg, présidente de l’association Mouvement pour la paix 31, parlait de mes sculptures avec générosité. On m’a fait passer devant la scène et je me suis retrouvé « Du côté des femmes », le nom de l’association de Muret qui se bat contre les violences faites aux femmes et pour l’égalité des sexes.

Et contrairement à ce qu’on pourrait croire à partir de ce que je viens de décrire dans une situation diamétralement opposée,  je me suis senti très bien. Ma position en tant qu’artiste a toujours été à côté des femmes : je pense qu’il faut se battre plus que jamais pour une égalité des droits. L’homme et la femme font partie d’un seul ensemble. L’harmonie entre les deux sexes se trouve actuellement en danger. Notre époque est en train d’exacerber les conflits entre les communautés artificiellement créées par les médias américains, à tel point qu’on commence à considérer les deux sexes comme des communautés !

Je ne me dirais pas féministe, plutôt humaniste. La femme et l’homme ne sont pas identiques, mais ils constituent l’humain à parts égales. Complémentarité, égalité des droits, interdépendance… les deux composantes de l’être humain.

J’ai réalisé le portrait de Florence Aubenas pour rendre hommage à cette journaliste de grande intelligence, au courage impressionnant, et celui de Suzanne Arundhati Roy pour présenter au public français le visage d’une femme au sourire doux et aux yeux mélancoliques, qui se bat avec énergie pour l’écologie, l’altermondialisme et pour les droits humains.

Je présente en même temps une sculpture en bois, Femme sans racines, à côté du poème de Juliette Marne inspiré par cette oeuvre. Une femme sculptée à la tronçonneuse, le bois blessé montrant la beauté de ses anneaux parfaits, ces cercles qui enregistrent le passage du temps, les yeux fermés, montrant sa vulnérabilité en même temps que sa force. Elle est debout, présente, suspendue, témoignant de sa puissance et de sa beauté interne.

Pour lire le poème de Juliette Marne :

https://lartiguesculpteur.com/2016/10/18/femme-sans-racines/

On peut constater encore une fois l’effort de la directrice de la médiathèque pour rendre cet espace muretain vivant et accessible à tous, en présentant des sujets qui nous font garder un esprit critique.

Exposition à la médiathèque de Muret : Portraits de femmes pour la paix. Jusqu’au 4 décembre. 

L’aigle noir

« De son bec, il a touché ma joue
Dans ma main, il a glissé son cou
C’est alors que je l’ai reconnu
Surgissant du passé
Il m’était revenu

Dis l’oiseau, O dis, emmène-moi
Retournons au pays d’autrefois
Comme avant, dans mes rêves d’enfant
Pour cueillir en tremblant
Des étoiles, des étoiles »
Paroles de L’aigle noir, de Barbara.
Le buste a été cuit à côté de celui de Florence Aubenas, dont je parlerai dans un prochain article.

Sous la peau

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Dessiner une personne qui veut apporter à ce monde des apparences sa part de vérité, sa contribution au monde par sa seule présence, qui partage ouvertement sa part de nature, puisqu’elle fait partie de la nature, son être sans barrières, sans calculs, sans déguisements, dessiner une telle personne est un privilège pour un artiste. C’est un moment de beauté. Le dessin résultant n’est pas important, mais l’enregistrement de ce moment est une richesse. Une sculpture peut naître à partir de ce partage.

La Vénus de Martres

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Il est toujours difficile de se détacher d’une œuvre qu’on considère faire partie de celles qu’on a le mieux réussies. Parmi les centaines de sculptures réalisées, il y a certaines qui accumulent une recherche de dizaines d’années. Parfois une œuvre est une expérience unique ou le produit d’un chemin qui ne va pas aboutir, ou le résultat d’une étape seulement. Parfois elle accumule plusieurs directions de recherche. La Vénus de Martres, mon interprétation de la vraie Vénus de Martres plutôt, me semble résumer toute une recherche autour de l’expression d’un visage. Même si elle est née à partir d’une autre sculpture, je sens avoir pu développer toute mon expérience comme « observateur des humains » (y compris moi-même, bien sûr) d’un côté, et de l’autre, ma perception de la perception d’un autre artiste. Je sens avoir réussi à m’approprier la perception de l’artiste qui a capté la beauté de la femme qui allait un jour être appelée « Vénus de Martres ». J’ai adapté sa perception à la mienne. La beauté de ce visage serait donc le mélange de deux perceptions. Une beauté à deux niveaux.

J’ai pris au sérieux l’idée de Sylvian Meschia de faire des bustes gallo-romains comme si j’étais dans la peau du sculpteur de l’époque, en sachant que ma propre expérience et ma conception de la beauté allaient s’y incruster. La Vénus « moderne » a perdu ce qui m’a semblé un brin masculin dans les traits de l’antique.

Malgré le manque de communication autour de mon travail dans cette exposition, j’ai eu des retours intéressants. Depuis le début j’ai appris que cette sculpture était susceptible de vivre sa propre vie : hier j’ai accepté de la laisser partir. Elle appartiendra à partir de 2017 à de nouvelles mains aussi créatrices que les miennes. Et j’en suis ravi.

Démonstration de sculpture à Muret ce dimanche

Je ne connais pas les dimensions du tronc d’arbre que je devrai sculpter ce dimanche. L’endroit : à Muret, près de la Salle de Fêtes, mais je ne sais pas exactement où. Quelle essence ? Pas la moindre notion. La météo : aucune idée. Je n’aime pas chercher les prévisions… c’est comme si on te racontait la fin d’un film. Le mystère fait partie du futur ; il fait partie de ce jour qui n’existe pas encore et dont on ne connait pas grand-chose. Bref, je ne connais pas les conditions de la démonstration à Muret ce dimanche. J’arriverai à 10h et je travaillerai toute la journée.

Je dois dormir pour être en forme. Des rêves de forêts sculptées frappent à la porte. Le bois mort prend une forme d’un corps féminin et sa sève se met à circuler. Le ventre se gonfle légèrement et la poitrine se soulève. Elle va ouvrir la bouche. J’ai du mal à lui caresser les lèvres avec les dents de la chaîne agressive…

 

« Jamais seule »

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L’interprétation de ce bronze peut varier entre plusieurs situations : s’agit-il d’une jeune femme évanouie soutenue par sa mère ? Ou de l’âme d’une jeune femme portée par un ange ? Est-elle plutôt malade ? En tout cas, j’ai voulu montrer la force qu’un être extérieur peut nous apporter dans une situation extrême. En le réalisant, j’ai imaginé une mère et sa fille, relation souvent très forte et belle.

Je me remets à sculpter. L’état de crise de la semaine dernière est résolu. J’ai reçu le soutien des autorités et tout s’est éclairci. Le danger est passé. Je tiens juste à laisser par écrit sur mon journal mon remerciement aux personnes qui m’ont aidé à résoudre ce problème. Elles se reconnaîtront.

« Jamais seule »

Sculpture en bronze, patine nuance bleu et blanc
Dimensions : H 59 cm x L 31 cm x P 36 cm
Poids : 24 kg

« A toi pour toujours »

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Sculpture en bronze, patine brune, transparence
Dimensions : H 33 cm x L 33 cm x P 32 cm
Poids : 13 kg

Encore une journée bien remplie d’émotions. Le sujet pour la prochaine nouvelle à publier chez Auzas est : gouffres et sommets. Nous commençons à avoir un matériau assez intéressant pour l’écrire. Je sais, ce journal semble opaque depuis le dernier article. J’ai besoin d’un peu de temps pour me mettre à décrire les évènements de ces derniers jours. En attendant je partage cette sculpture exposée à la Fonderie de Bronze Lauragaise.

Un baiser, encore un baiser. Mais qui peut s’en lasser ?

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