Même un sculpteur peut se laisser attraper par le quotidien : le four avait déjà refroidi  ce matin et j’aurais pu l’ouvrir pour découvrir les sculptures cuites. C’est tout un processus important qu’elles subissent. Une température de 1200° n’est pas une mince affaire. Cela te change les molécules ! Leur structure n’est plus la même et il n’y a pas de marche arrière. On peut mouiller tout ce qu’on veut la terre et, une fois cuite, pas le moindre changement !

Ce processus implique des risques. L’argile se défait de toutes ses molécules d’eau et la pression de la vapeur monte à tel point qu’elle peut faire exploser la pièce. Je veux dire, la sculpture, pas la pièce où on travaille… Bref, ouvrir le four est tout un événement. On peut se retrouver devant un tas de morceaux éparpillés sans forme précise. C’est un moment important. Et pourtant… un sculpteur qui fait cela au moins une fois par semaine devient blasé… La preuve : une sculpture que j’aime particulièrement attendait à voir le jour et elle est restée toute la journée enfermée. Tout près de minuit, je la libère. Heureusement elle a réussi à traverser les flammes sans dégâts. Son regard n’essaie pas de me culpabiliser. Il est plutôt compréhensif. Je lui explique qu’aujourd’hui des choses importantes m’attendaient (j’en parlerai dans un autre article). Ses yeux me disent :  « je sais. De toute façon, je suis déjà loin du temps. Les nuits et les jours n’auront plus d’effet sur moi. Un jour de plus dans le four ne change rien. Je serai là, sur Terre, plus longtemps que toi »… Je dois dormir. Si j’entends des voix, c’est le manque de sommeil, peut-être. Ou Galatée qui parle ? Bonne nuit.