Nouvelle version de cet article sur un sujet qui apparaitra souvent dans ce blog :

On me demande parfois dans mes expositions, ou quand on me présente comme artiste si j’arrive à vivre de l’art. Dans la question, je devine une angoisse de la personne qui me la pose, probablement plus liée à sa propre vie qu’à la mienne. En fait, elle s’en fiche de la mienne, puisqu’elle ne me connaît pas. Ma réponse alors est la suivante : « Puisque je suis là, ça veut dire que j’arrive à en vivre, sinon je serais mort ». C’est une réponse absurde, mais il faut prendre en considération une chose : la question est aussi absurde.

Plus sérieusement, je comprends l’origine de la question. Au fond, la personne veut savoir si j’ai une autre activité pour gagner ma vie. Si c’était le cas, elle sentirait une confirmation de son idée qu’on ne peut pas se consacrer à ce qu’on aime, puisque ceux qui choisissent de suivre leur passion finissent par devoir travailler « comme tout le monde » !  Le fait qu’un artiste vive de son art met en conflit les personnes qui demandent aux artistes s’ils arrivent à vivre de leur art. Ce n’est pas qu’elles aimeraient être artistes, mais l’argument que même un artiste arrive à vivre « sans travailler » (c’est l’idée que beaucoup se font de l’art) implique que ces personnes auraient pu choisir un autre chemin.

Si je devais répondre à leur question sincèrement, je leur dirais : je survis je ne sais pas trop bien comment, mais je me consacre entièrement à l’art. Je travaille plus de 12h par jour. Je serais incapable de faire autre chose, et pas par manque de formation, car j’ai fait des études d’ingénieur et j’étais fort pour les maths et la physique, mais à cause d’une affaire très simple. Faire autre chose pendant quelques heures est un motif suffisant pour me déclencher une migraine assassine. Je n’ai donc pas d’option. Et contrairement à ce qu’on croit, la difficulté principale pour un sculpteur n’est pas la survie, qui est importante et parfois bien compliquée, bien sûr, mais plutôt l’indifférence que notre société peut montrer envers l’art. J’en parlerai dans un autre article.

Ou plutôt je leur répondrais : « Est-ce que je vous demande si votre grand-mère fait du vélo ? »… Non, ce n’est pas gentil. Plutôt : Oui. C’est tout. Je me garderais les difficultés que la vie d’artiste implique pour moi-même. Ou une autre réponse : l’art est une nécessité de toute société. Il faut des fous pour le faire. Ce n’est pas important si j’arrive à en vivre ou pas. L’important est de le faire.

C’est mon point de vue, mais je peux vous proposer d’autres points de vue en image  :

points-de-vue
Points de vue – concept et photo Lartigue