Le visage d’une écrivaine

Même un sculpteur peut se laisser attraper par le quotidien : le four avait déjà refroidi  ce matin et j’aurais pu l’ouvrir pour découvrir les sculptures cuites. C’est tout un processus important qu’elles subissent. Une température de 1200° n’est pas une mince affaire. Cela te change les molécules ! Leur structure n’est plus la même et il n’y a pas de marche arrière. On peut mouiller tout ce qu’on veut la terre et, une fois cuite, pas le moindre changement !

Ce processus implique des risques. L’argile se défait de toutes ses molécules d’eau et la pression de la vapeur monte à tel point qu’elle peut faire exploser la pièce. Je veux dire, la sculpture, pas la pièce où on travaille… Bref, ouvrir le four est tout un événement. On peut se retrouver devant un tas de morceaux éparpillés sans forme précise. C’est un moment important. Et pourtant… un sculpteur qui fait cela au moins une fois par semaine devient blasé… La preuve : une sculpture que j’aime particulièrement attendait à voir le jour et elle est restée toute la journée enfermée. Tout près de minuit, je la libère. Heureusement elle a réussi à traverser les flammes sans dégâts. Son regard n’essaie pas de me culpabiliser. Il est plutôt compréhensif. Je lui explique qu’aujourd’hui des choses importantes m’attendaient (j’en parlerai dans un autre article). Ses yeux me disent :  « je sais. De toute façon, je suis déjà loin du temps. Les nuits et les jours n’auront plus d’effet sur moi. Un jour de plus dans le four ne change rien. Je serai là, sur Terre, plus longtemps que toi »… Je dois dormir. Si j’entends des voix, c’est le manque de sommeil, peut-être. Ou Galatée qui parle ? Bonne nuit.

Excès

Pourquoi on passe des heures à «voir» Facebook ? J’allais écrire «lire», mais quand on passe du temps sur FB c’est plutôt pour une activité d’observation. On regarde des images, figées ou en mouvement (des vidéos, des GIF). Mais pour quoi ? Pour s’amuser ? Pour se distraire ? (se distraire, s’extraire, de quoi ?), pour apprendre ? (on a l’impression d’apprendre, parfois, mais en général on part sans retenir la moindre information). En fait les algorithmes des réseaux sociaux nous nourrissent des idées qu’on avait déjà. On se fait manipuler « à notre insu » (comme toute manipulation, évidemment). Facebook est conçu de telle façon qu’on reçoit de l’information qu’on « aime ». Chacun de nos « likes » aide l’algorithme à enregistrer nos goûts, nos préférences, nos intérêts. Et après il nous balance une réalité très personnalisée. Et nous pensons que les autres pensent comme nous ! Ceux qui se battent pour les animaux auront plein de vidéos et d’images de cruauté sur le fil d’actualité, ceux qui aiment manger bio, des images de pollution, les végans auront des messages sur les bienfaits de vivre végan, les gens d’extrême gauche, des images sur les excès du capitalisme, nos amis indignés par la société industrielle (dont ils pensent ne pas faire partie) des images d’une production pharaonique, etc etc. Tout le monde baigne dans ses propres idées. C’est une zone de confort. On retrouve ceux qui pensent comme nous.

Si vous êtes en train de lire cet article sur Facebook, ne vous inquiétez pas, cela ne veut pas dire que vous pensez comme moi, ou moi comme vous. J’apparais sur votre fil d’actualité seulement parce que nous sommes « amis ». Car il y a aussi le côté « social » : on retrouve le plat qu’a dégusté un copain, ou le chien d’un pote qui lèche un rat (son chien, pas le pote, quoique…), le monument visité par la cousine, le chanteur préféré de la tante, la photo de famille d’un ami qu’on n’a pas vu depuis des années (et qu’on ne verra pas en vrai encore pendant quelques années), le message philosophique d’une ancienne amie avec qui on sortait le soir pour discuter d’un livre (quand on lisait des livres), des tonnes de « selfies » de tous ceux qui cherchent à se refléter pour être sûr qu’ils existent. Bref, les réseaux sociaux ne nous apportent pas grand-chose de nouveau.

Ils nous confortent en nous faisons croire que le monde change. Et il change, le monde, c’est vrai, mais je pense qu’il ne se dirige pas encore dans une direction précise. On est dans l’étape de l’indignation. Les propositions ne tarderont pas à arriver.

De mon côté, je publie des images qui ne servent à rien, des images de mes sculptures, juste pour montrer que moi aussi je suis indigné. Indigné par l’excès de beauté des humains (plus concrètement, des humaines). Je plaisante… 🙂

Au fond on pourrait se mettre d’accord sur un mot qui pourrait résumer toutes nos différentes sources d’indignation : le mot « excès ». La vie industrielle que nous menons est basée sur l’excès. C’est l’excès qui détruit notre planète. On ne devrait pas se sentir coupable de manger de la viande ou de fumer. Mais c’est pertinent de se sentir mal de consommer en excès. Ce n’est pas le tabac qui tue, c’est l’excès de tabac, idem pour l’alcool, pour la vitesse sur les routes, pour la consommation de viande, ou d’autres aliments, pour la différence des richesses (de plus en plus excessive, elle devient abyssale), pour l’information…  même l’excès de médicaments nuit à la santé. L’excès tue.

Je retourne à mon four. La femme assise avec un bras sur la cuisse est en train de cuire. Le portrait d’une écrivaine aussi. J’ouvre le four demain. Etrange journal d’un sculpteur qui parle des réseaux sociaux avec les mains pleines d’argile. « Sculpteur, retourne à ta glaise ! »

La tête dans les étoiles

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L’immense châtaignier sans feuilles se devine dans le noir illuminé par les étoiles à contrejour. Orion est là. Magnifique, avec son épée attachée à sa ceinture. Bételgeuse, l’étoile qui marque son épaule gauche, est rouge. Rigel, celle qui représente son genou gauche, plutôt bleue. On dirait qu’il pose ses pieds sur les branches de l’arbre. Curieux pour une constellation d’avoir les pieds ancrés sur terre (et la tête dans les étoiles). Il est cinq heures. J’aime bien me lever tôt pour travailler.

Orion me semble plus près de l’horizon que d’habitude. Je cherche sur Internet «changement d’heure» et je comprends : je me suis réveillé en réalité à 6h du matin de l’heure d’été. Cette nuit on est passé à l’heure d’hiver. Les appareils (ordinateurs, tablettes, téléphones…) font automatiquement ce petit changement et toute une masse de gens, des millions de personnes, se lèvent plus tard juste un peu étonnés d’avoir dormi une heure de plus. D’ailleurs, on est dimanche. Grasse matinée pour certains.

Le café dans une bouteille Thermos et une petite promenade dans la campagne avec notre chienne et, après, les mains dans la glaise, au retour. Observer le soleil se lever et illuminer les Pyrénées dans un air si limpide est toujours délicieux. Bon dimanche !

Il est cinq heures…

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« …Les journaux sont imprimés
Les ouvriers sont déprimés
Les gens se lèvent, ils sont brimés
C’est l’heure où je vais me coucher

Il est cinq heures
Paris se lève
Il est cinq heures
Je n’ai pas sommeil »

Jacques Dutronc

Muret se lève aussi.

Je n’ai pas sommeil.

J’aime bien cette chanson de Dutronc. On imagine tout un monde qui vit quand nous dormons. A Muret c’est moins agité, mais tout se met en mouvement aussi. La machine se réveille. Les écrans s’allument. Je dois dormir un peu. Dans deux heures je dois préparer l’atelier pour une longue journée de partage.

Je vous laisse une image de la « Walking woman au portable », sculpture que j’ai réalisée il y a plus d’un an. Cette sculpture a bien évolué : elle s’est fissurée de partout, ça me plaît.

Exposition à Martres-Tolosane

Derniers jours de l’exposition au Grand Presbytère : « Martres-Tolosane mise en scène par Meschia et Tardif » .

Sylvian Meschia, célèbre céramiste de la région, a proposé à la mairie de Martres-Tolosane mes services en tant que sculpteur pour la réalisation du buste de Saint Vidian à partir de l’original en bois. L’association qui se charge du patrimoine de la ville a apprécié le résultat. Il est actuellement exposé au Grand Presbytère. Vous y trouverez aussi les bustes gallo-romains que j’ai réalisés en m’inspirant des bustes de la villa romaine de Chiragan. Vous pouvez visiter la page de Sylvian Meschia sur facebook ou celle du Grand Presbytère. Vous aurez un aperçu du beau jardin et de quelques faïences typiques de la ville, en plus de l’installation de Meschia. Le but de l’exposition est de mettre en avant le patrimoine de la région.

Renseignements :

http://www.legrandpresbytere.com/

tel : 05 61 87 64 93

grand.presbytere@mairie-martres-tolosane.fr

Question No 2 à éviter dans une expo

Quand on vous invite dîner chez des amis, est-ce que vous acceptez parce que vous savez que vous allez manger, que vous allez être nourris, c’est à dire parce que cela vous prolonge la vie si votre frigo est vide depuis un moment ? Ou vous acceptez parce que c’est une occasion de partager un moment avec vos amis ?

J’entends fréquemment (je vous parle de nouveau sur mon expérience personnelle)  la question suivante : « Tu exposes pour vendre, n’est-ce pas ? ».

C’est difficile d’expliquer cette obligation qu’on ressent d’exposer. Les oeuvres s’accumulent et un jour on veut vraiment les exposer, leur donner vie ailleurs, peut-être les faire exister dans un autre espace, parfois définitif. Mais l’esprit pratique de notre époque suggère que la raison principale d’exposer est pour les vendre. Si même certains « collègues » dans l’art ont cette logique, c’est compliqué d’être crédible quand on dit que le but central n’est pas commercial.

Alors j’ai eu l’idée d’illustrer le sujet en utilisant la comparaison avec le dîner chez des amis. On aime partager un moment riche en émotions, plein de joie, d’affection, avec ceux qu’on aime et si c’est autour d’un bon plat et d’un bon verre de vin, tant mieux ! Mais jamais on ne penserait que c’est pour se nourrir, pour ne pas mourir de faim ! Les hôtes n’auraient jamais l’idée de demander à l’invité s’il vient pour manger, pour satisfaire un besoin vital !

Exposer c’est pareil : l’artiste invite le public à un partage. L’oeuvre est là pour offrir un instant de « contemplation ». Si l’artiste vend un tableau ou une sculpture, ce qui aide à résoudre les aspects pratiques de sa vie, tant mieux, mais le but n’est pas celui-là. Ce qui compte pour lui exposition-4-bustes-galerie-de-l-echarpe-a-toulousec’est le partage, l’expérience, le défie, le dépassement de soi.

Vous pouvez lire la Question à éviter No 1 ici :  https://lartiguesculpteur.com/2016/10/20/question-a-eviter-est-ce-que-vous-vivez-de-votre-art/

C’est un point de vue, mais, et ça deviendra une habitude, je vous laisse d’autres points de vue en forme de grains de poivre (ce n’est pas du café, observez bien… le moulin, oui, c’est un moulin à café, mais les points de vue sont des grains de poivre que j’ai éparpillés pour la photo)   :

 

Points-de-vue-Lartigue
Points de vue – concept et photo, Lartigue

L’éternel recommencent

Ce dessin a été acquis par mon père quelques mois avant sa mort. Je ne me suis pas demandé sur le moment pourquoi il voulait une de mes rares oeuvres dont le sujet était un bébé. Il aimait mes dessins en général, qui comme vous le savez, sont presque toujours des études du corps féminin, mais il avait été attiré par celui-ci en particulier. Je me suis dit qu’il lui rappelait son fils quand il était un bébé, ce qui ferait de ce dessin un « autoportrait » ! « L’artiste avant de devenir artiste » (ou de devenir quoi que ce soit). Aujourd’hui, je me dis qu’il pensait plutôt à lui, à quand il était un bébé, ou plutôt au cycle de la vie, à l’éternel recommencement. p1240660

Les nuages s’en vont toujours

Parfois quelqu’un qui passe à l’atelier peut apporter un message d’encouragement sincère, souvent de façon involontaire. On peut se trouver dans un moment de stress par rapport à la difficulté de trouver un chemin artistique plus précis, ou plus accessible, et un sourire ou une phrase, ou tout simplement le lueur d’un regard devant une sculpture  change la couleur du jour. Le ciel gris et lourd s’éloigne et tout se remet en marche.

Les artistes, même s’ils essayent de ne pas dépendre de l’avis du public, ont besoin parfois de trouver un reflet de leur intention (peu importe comment on appelle ce qu’ils cherchent à mettre dans leur travail), de trouver donc un reflet de leur intention dans la réaction des personnes qui regardent leurs oeuvres.

Ce matin c’était le cas. J’ai montré à une personne que j’apprécie le buste de l’Abbé Pierre. Le regard inerte de la sculpture a croisé celui de mon invité pendant une microseconde, comme s’il prenait vie.  On a discuté de ce blog et d’autres activités récentes dans l’atelier.

L’automne m’a semblé tout à coup une saison idéale pour créer.

Une amie me rend visite

Une amie de l’époque où j’étais peintre me rend visite à mon atelier. On ne s’était pas vus depuis au moins cinq ans, je crois. Je ne suis pas sûr… ma conception du temps est assez défaillante… Elle et son mari, un ami aussi, apprécient ma peinture. Leur maison a une collection importante de mes toiles. Cette fois je lui montre mes oeuvres en trois dimensions et je réalise son portrait en argile.

Etude d’un visage aux yeux légèrement nostalgiques… La différence de la sculpture ou de la peinture sur la photo est ce long moment de pose nécessaire, qui permet à la personne de laisser entrer tout son univers, ses pensées, ses émotions, ses peurs…, tandis que la photo travaille sur l’instant.

Volume intéressant grâce à la masse des cheveux. Mouvement chaotique des mèches en contraste avec une expression contrôlée, douce et sereine.

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